Samedi 6 décembre 2014

Chéries-Chéris 2014 / One Deep Breath d’Antony Hickling : Resistance
Un article de Sidy Sakho, Ceci di (pas au mot), 27 novembre 2014.

Présentation ce vendredi 28 novembre au MK2 Bibliothèque, dans le cadre du festival “Chéries Chéris”, du dernier film du réalisateur du prometteur »Little Gay Boy« défendu en ces parages il y a quelques mois.

Avec One Deep Breath, Antony Hickling prolonge l’engagement expérimental du précédent et prometteur »Little Gay Boy« en se radicalisant un peu plus. Aucune concession ici à une moindre exigence narrative, le projet consistant cette fois à se mettre à la totale disposition d’une déconstruction franche du récit, tout étant affaire de passages d’un degré de réalité à un autre, de porosité sans médiation du « vrai » et du « faux ». Le risque est bien sûr, comme dans tout projet jusqu’au-boutiste, de laisser le spectateur sur le bas-côté, un peu tenu de se débrouiller avec ce qu’il croit comprendre ou non des amours meurtrières de Maël (Manuel Blanc) et Adam (Thomas Laroppe), provoquées par l’insistante présence de Patricia (Stéphanie Michelini, actrice transsexuelle révélée il y a dix ans dans Wild Side de Sébastien Lifshitz).

Si ce dernier film est aussi plaisamment hors-norme, voire plus encore que »Little Gay Boy«, on doit pourtant reconnaître qu’il y est plus difficile de s’attacher vraiment à un personnage, précisément parce que l’on n’est jamais certain de savoir qui est qui, et surtout qui est qui (ou quoi) pour qui. Vous suivez ? One Deep Breath est un film plus ambitieux, plus abouti en termes de pure direction artistique et aussi, sans doute pour ces mêmes raisons, moins enclin à faciliter le travail d’interprétation. Reproche ? Pas forcément. Car c’est le caractère un peu buté de ce cinéma qui donne envie d’aller au bout du voyage, la conscience de tous les instants que rien de cette longue divagation n’est hasardeux.

One Deep Breath est surtout un film purement cathartique, un chant d’amour sans concession, n’invitant pas à compatir avec ses personnages d’amoureux déchus, mais faire face aux obstacles, représailles et autres violences qu’ils s’imposent les uns aux autres, en songe comme à l’état d’éveil. C’est parce qu’il est temps pour eux d’enfin mener bataille, à leurs risques et périls, que le champ de cette bataille, le film donc, ne peut leur être (nous être) confortable. Ce champ/chant de bataille est un pur défi de résistance lancé au spectateur. A prendre ou à laisser.

NB : Sera projeté en début de séance »Pd«, court métrage poétique de Hickling où le verbe shakespearien voisine les corps dénudés de jeunes Apollon. Quand les Straub rencontrent Peter Greenaway.

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